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[i562]
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DE LA VILLE DE PARIS.
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175
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mons* d'Au W, et mons' de Lucé(2), et Renouart <3\ gentilhomme de la Chambre, lesquelz ne peurent entrer dedans la ville, et s'en revindrent sans riens faire, et voyant que toutes ses allées et venues ne prouffitoient de.riens, la Royne et Messieurs du Conseil délibérèrent de n'y plus envoyer, mais donner ordre à ce qui seroict necessaire pour le jour de l'as-sault; car durant ses tresvcs, monseigneur de Guise ne dormoict pas, et faisoict tousjours faire trenchées pour gaigner le fossé, ce qu'il feist en peu de temps, et s'en voyant maistre, commença à mettre les Anglois en la myne, là où ilz firent fort bien leur debvoir, et la rendirent toute preste en quatre ou cinq jours, qui fut une grande dilligence pour la longueur qu'elle avoict, n'ayant pas moings de soixante pas de long. Et ayant veu qu'elle estoict preste, l'on délibéra de donner l'assault'4' le lundy, xxvic jour d'Octobre oud. an, environ le midy, là où noz sol-dars firent fort bien leur devoir, car la myne leur avoict bien amendé leur chemin, encores qu'elle ne besongnasl pas partout, si es-se qu'elle ayda beaucoup, et ne dura l'assault que environ une heure et demye pour le plus(5>. Nous y pardismes des gens de nom, assavoir, monsr d'Andouyn M et Casteleprès'7', et ung nommé monsr de Sepris de Picardie, et bien
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peu d'autres de noz soldars, quant à l'execution de ce qui fut faicte dedans la ville, il ne s'en apparut pas beaucoup, voyant la furyê de l'entrée estre grande. Monsieur de Guise, monsr d'Aumalle, monsr d'Anville et monsr de Monbron estoient tous à l'assault'8', et entrerent pesle mesle avecq les soldars, qui fut cause que les gens de pied ne feirent pas tant de meurtre qu'i l'eussent faict. Et pendant que lesd, s™ estoient avecq lesd, soldatz, monseigneur le Connestable estoict à cheval, qui commandoict partout en l'armée et faisoict advanser ses soldatz., quant il en estoict besoing, et regardoict que personne ne se desbandast. Et après qu'il vict que nous avions la victoire, on leur vint dire que les ennemys se sauvoient par la porte Cauchoise <9\ et du costé des Maretz, il Act incontynant approcher sa cotnpaignye, et se en alla luy mesmes, où il trouva quelques gens de laville qui s'enfuyoient comme gens perduz, qui ne sçavoieiit où ils debvoient aller. Et le plus de pityé qu'il y avoict, c'estoicl femmes ct filles que l'on prenoict, et se rendoient à la misericorde des soldatz qui les prenoist, qui estoict une chose fort pitoyable à veoir, tant de ceulx là que de ceulx qui se gectoient dedans la riviere, pensant leur sauver, s'en noya bien autant qu'il en fut tué !10).
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(i) Jean d'O, seigneur de Maillebois, capitaine des gardes écossaises, qui arrêta le prince de Condé à Orléans en i56o.
(2' Nous trouvons à cette époque deux personnages de ce nom, Jean de Couesme, seigneur de Lucé, gentilhomme dc la Chambre en 1559, et Louis de Couesme, seigneur de Lucé, maître de camp, tué au siège de Lusignan en 1574.
(3) Jean Bailleul, seigneur de Renouard, figure parmi les gentilshommes de la Chambre de Charles IX jusqu'en 1564.
O Ce fut un gentilhomme béarnais, M. do Sainte-Colombe, que le duc de Guise chargea de monter le premier à l'assaut; il entra à la tète d'une compagnie d'arquebusiers par la brèche de la porte Saint-Hilaire, suivi de Gaspard de La Chaire; sa vaillance décida du succès de l'attaque; il fut mortellement blessé. Brantôme, (t. V, p. 373) raconte ses derniers moments et le touchant entretien qu'il eut avec le duc de Guise.
(5) Après l'explosion d'une mine dirigée conlre la tour du Colombier et le portail Saint-Hilaire, vers deux heures, la villo de Rouen fut -prinse d'assault avec la plus grande furie qu'il est possible»; il n'y ent, parait-il, que neuf à dix soldais tués du coté des assiégeants, mais malheureusement on eut à déplorer la mort de plusieurs personnages de marque. (Archives nationales, Parlement de Paris, X" i6o3, fol. 498 v°.)
'"' Paul d'Andouins, vicomte de Louvigny, seigneur de Lescun, père de Diane d'Andouins, comlesse de Guiche, dite Ia belle Cori-sande, qualifié par Brantôme de "brave seigneur», fut tué aux côtés du duc dc Guise. (Œuvres de Brantôme, t V, p. 23g.)
O Castelpers, «jeune gentilhomme d'une très grande vaillance et esperance-, de la maison de Brunet cn Languedoc (Brantôme, t. V, p. 37li), est désigné dans les Mémoires dujmnce de Condé (p. 690) sous le litre de "gentilhomme et unique fils d'une maison de vingt cinq mille livres de rente».
(-' Catherine de Médicis, annonçant la prise de Rouen au cardinal de Lorraine, rend hommage à la vaillance du duc de Guise. "Mon cousin, vostre frere, dit-elle, s'est aussi peu espargné comme il a accoustumé, aussi faut-il confesser que de luy deppend ceste vicloyre, laquelle il eut bien desiré estre d'aultre façon, pour le regret qu'il a cu de voyr saccager ceste belle ville.» (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 4 3 o.)
.(9> La porto Cauchoise, du côté de terre, bâtie vers le commencement du xi0 siècle, au coin de la rue des Jacobins et de la rue Cauchoise.
e°) Malgré les exhortations adressées par le duc de Guise à ses soldats au moment de l'assaut, Rouen fut saccagé et pillé pendant plusieurs jours; les courtisans eux-mêmes, au témoignage de Michel de Castelnau (Mémoires, 1.1, p. 107), accourant du fort du Jlont Sainte-Catherine, furent -les plus aspres à la curée». Une chronique manuscrite citée par M. Floquet (Histoire du Parlement de Normandie, t. II, p. 43i), dit quo ala crudelité et fureur de la guerre fut exercée sur toutes personnes indifferamment sc trouvant sur le pavé par les rues, huguenots et catholiques. Durant deux jours on trouvoit les corps des mortz parmi les fanges en grande abondance». Lo trésorier Moreau, dans une lettre adressée le 3o octobre i562 à M. de Gonnor, donne de curieux détails sur lo sac
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